Le chromosome Baladeur. S2.E2. « Révélations »

Pitch :
Aliocha alerte Marie, Ève et Adam ne sont pas présent à la répétition. Marie n’arrive pas à joindre Eve et Adam mais les localise à Marsilitown dans leur cellule. Elle rejoint Paul dans son antre secret pour lui demander de gérer le problème. Paul sur place rassure Marie, Ève est seule mais incapable de dire où est Adam. Paul comprend qu’il va devoir être stratégique pour tirer les vers du nez de sa fille.

De Mesa Point a Marsilitown le 5 juin en fin d ‘après-midi.

Pendant que Paul communique avec son meilleur ami Jonathan, Marie debout dans son observatoire, concentrée sur sa lunette est interrompue par la sonnerie de son téléphone. Alliocha s’inscrit en lettre lumineuse sur son écran. Elle décroche :
—Marie désolée de vous déranger mais Ève et Adam ne sont pas là, je les attendais pour la répétition.
Une alarme dans la tête de Marie lui fait répondre :
—Je crois qu’Ève est avec son père, et que vous allez devoir vous passer d’eux aujourd’hui, merci de l’excuser.
—Ok pas de problème, mais la prochaine fois dites-lui de me prévenir quand elle ne peut pas venir.
—Bien sur Aliocha, ça ne se reproduira plus c’est promis.
—Au revoir.
Marie reprend sa respiration, et réfléchit :
« Je viens de mentir pour couvrir ma fille !
Ève ne répond pas, elle est sur messagerie, Adam aussi. Ils sont tous les deux dans la cellule 1051 à Marsilitown. Ces fichus leurres me rendront folle ! »
Elle localise Paul à Tichy, dans son antre secrète.
« Je ne peux pas l’appeler et comme je ne veux pas le stresser je ne vais pas envoyer de message. Je vais profiter de ce contretemps pour me dégourdir les jambes et le retrouver pour en parler de vive voix. »

Après avoir obturé la grande lunette, elle quitte son observatoire, suivie de Betamèche dont elle admire la grâce féline dans le miroir qui lui fait face, quand elle entre dans la cabine de l’ascenseur. Elle ne peut s ’empecher de penser « On dirait vraiment un vrai chat, c’est à s’y méprendre ».
Elle sort au premier niveau et s ‘engage dans l’allée principale du village, soulagée de la trouver déserte. A petite foulée, elle avance baignée par l’ambiance végétale dont elle reçoit les bonnes vibrations. Après cette contrariété, ce jogging est le bienvenu, Betamèche gambade à ses côtés, accordant sa cadence à celle de la jeune femme.

Marie compte les pas qui la mènent à Tichy, elle a l’habitude de le faire chaque
fois qu’elle rejoint Paul dans ce lieu secret hors du temps. Dans l’angle mort des caméras, la roche bascule en l’invitant à entrer dès que son visage est détecté par le capteur de reconnaissance faciale. Betamèche file entre ses jambes la précédant dans le passage étroit, la porte se referme automatiquement avec un léger tremblement.
Paul qui s’apprêtait à tester le nouveau casque de Jonathan est alerté par le mécanisme de la porte qui trouble le silence dans lequel il baignait. La fragrance qu’il détecte trahit l’arrivée de sa femme.
Marie toute en souplesse débouche derrière son chat.
Paul se lève pour l’accueillir
—Quelle surprise, ma chérie ?
  Marie déconnecte son chat qui a rejoint Sultan dans son panier.  Rien de ce qui se passe ici ne doit filtrer à l’extérieur. Elle tourne la tête vers Paul :
—Désolée d’arriver sans prévenir mais Ève et Adam ne sont pas allés à la répétition. Et tu sais quoi ?
—Je t’écoute !
—Sans réfléchir, j’ai inventé une excuse à Ève !
—Bravo, toi qui ne mens jamais !
Marie est campée devant Paul les deux mains sur les hanches, Paul est frappé par sa ressemblance avec Ève.
—Tout ça, à cause de ta fille !
Paul qui se retient d ‘éclater de rire :
—Qui est aussi la tienne si je ne m’abuse !
Marie baisse les bras.
—Effectivement.
Paul prend sa femme dans les bras.
—Tu les as localisés ?
Marie se laisse aller contre lui.
—Ils sont tous les deux dans la cellule 1051 à Marsilitown mais sur messagerie.
Paul fronce les sourcils en écartant sa femme de lui.
—Je file à Marsilitown.
— Merci chéri, c’est le service que j’étais venu te demander.
Paul rajoute avec un sourire malicieux :
—Dommage que cette urgence nous oblige à quitter Tichy aussi vite. J’aime bien quand tu me surprends dans ce lieu.
Marie complice :
—Ce sera pour une autre fois mon chéri, là il faut qu’on s ‘occupe de notre chipie.
Chacun réactive son assistant personnel puis emprunte le couloir à la queue leu-leu et s’extraient de cet endroit secret, après avoir vérifié que personne ne traînait dans le secteur.
En silence, ils avancent à petite foulée suivis de Sultan et Betamèche.
Paul quitte Marie à la porte de l’ascenseur et se dirige au pas de course vers le Busway.Il monte dans la navette juste avant la fermeture des portes. A cette heure tardive de l’après-midi, il n’y a pas grand monde dans ce sens. Il a juste le temps de vérifier ses messages avant d’arriver au terminal, dans le quartier des enfants. Un tapis roulant l’emporte vers l’édifice ou les cellules s’empilent comme un gâteau de miel.
Le concepteur de ce bâtiment avait reproduit la forme hélicoïdale d’un nid d ‘abeilles sauvages qui l’avait fasciné dans sa jeunesse en Australie. Distribuées aux enfants par ordre d’arrivée, elles sont adaptées à leur taille et grandissent avec eux. La structure se développe progressivement vers le haut et ne cesse de croitre d’années en années. Ève habite au sommet étant l’ainée de cette communauté.
Quelques cellules éclairent encore le site dont celle de sa fille. Le tapis roulant hélicoïdal l’emmène vers le sommet. Avant d’arriver Paul constate que l’astronef qui obture habituellement la porte, n’est plus à sa place, alors que la lumière atteste d’une présence à l’intérieur. Paul quitte le tapis et observe en transparence l’intérieur. Il voit sa fille, de dos, occupée sur son écran, elle est seule. Pourtant il est sûr d’avoir aussi localisé Adam à cet endroit. Paul envoie un message à Marie pour la rassurer. Ou est Adam ? Ève va peut-être pouvoir le lui dire.

Ève concentrée sur son écran sent une présence, elle se retourne et à sa grande stupéfaction rencontre les deux grands yeux bleus de son père. Paul accroupi la regarde, un beau sourire illumine son visage. Ève ressent une chaleur envahir tout son corps. Son papa est là ! deux larmes coulent le long de ses joues évacuant le trop plein du stress qu’elle a contenu jusque-là.
Paul en voyant sa fille pleurer, comprend qu’a sa vue elle décompresse et en déduit qu’elle a eu un problème délicat à gérer. Il se faufile dans l’espace exigu de la cellule et la prend dans ses bras et les minutes qui suivent s’écoulent leur laissant le temps évacuer leur émotion.
Paul sort le premier de ce silence.
—Où est Adam ?
Une petite voix lui répond.
—Il a pris l’astronef, je ne sais pas où il est allé.
Paul ne peut s’empêcher de demander :
— Ça lui arrive souvent ?
Avec une voix sans timbre Ève répond :
—Non, c’est la première fois !
Paul « se met neuf bœufs sur la langue » selon une expression familiale qui veut dire qu’il est urgent de se taire. Il accorde le timbre de sa voix à celui de sa fille pour ne pas briser l’harmonie du moment.
—Je le localise ici avec toi.
Ève se détache de son père pour accrocher son regard.
—Ce sont nos leurres que tu localises.
Paul perçoit la détresse dans les yeux de sa fille comme si elle voulait lui faire comprendre quelque chose mais l’aveu ne franchit pas ses lèvres.
Ève se mord la langue, comment expliquer à son père qu’elle était dans la copie de la bague pendant qu’Adam enquêtait sur son statut de super robot sans trahir leur secret ?
Elle se love en boule dans ses bras et laisse deux nouvelles larmes couler. Elle cherche un mouchoir et se mouche vigoureusement. Il faut qu’elle réfléchisse vite avant la prochaine question qui ne vient pas à son grand étonnement.
Paul sent qu’il va devoir être stratégique s’il veut connaître la vérité. Il sent bien que quelque chose d’inavouable a été commis et s’il veut découvrir le pot aux roses il va falloir qu’il y aille avec des pincettes.Dépliant ses jambes pour s’installer plus confortablement, Il laisse passer un moment. . Il a un peu l’impression d’être le géant de Gulliver avec sa tête qui touche presque le plafond dans cet espace qui ne lui est pas dédié. Cette situation le fait sourire alors que le moment est grave. Il est à la hauteur de sa fille comme quand il jouait avec elle petite. Il est à l’échelle de son univers.
Sa fille a été à deux doigts de lâcher une information mais il a senti les écoutilles se refermer. Il reprend sa fille dans ses bras et brise le silence.
—J’ai parlé avec ton Parrain cet après-midi.
Ève se colle à lui alors qu’ils regardent tous les deux dans la même direction, vers la porte.
—Tu étais avec Jonathan ?
—Oui, son fils Basile arrive par la prochaine navette !
— Super, il a quel âge ?
— Trente ans.
—Ce sera comme un tonton alors !
—Oui, exactement, il va t’apprendre plein de choses.
Ève en tournant la tête vers son père :
—Moi aussi je pourrai lui apprendre des choses.
Paul lui rend son regard
—Bien sûr, J’ai une lettre de Jonathan pour toi, tu veux la lire maintenant ?
—Je la lirai ce soir avant de m’endormir, transfère-la sur ma tablette.
Paul sent que sa fille s’abandonne.
Ève hésite à aborder le sujet de la bague, si elle le fait, elle ne pourra plus reculer, elle verrouille son secret. Elle choisit cette option.
— Est-ce que tu lui as demandé pour la bague ?
Paul surpris par la question improvise un pieu mensonge.
—Oui il va récupérer celle qui est sur la Terre et la dupliquera.
—Mais Adam ne peut pas le faire ici à partir de celle que vous m‘avez offert ? C’est ça que tu devais lui demander.
Une fois de plus Paul est déstabilisé par l’assurance de sa fille. Subitement, il a le courage de parler.
—Chérie il faut que tu saches pourquoi, il est interdit aujourd’hui, de posséder des histoires de notre passé.
Ève se tortille avant de se caler contre son père.
—Celles que je suis en train de découvrir avec mes voyages spatio-temporels ?
—Oui et c’est la raison pour laquelle je t’ai demandé de voyager sans Adam et de profiter de tes plages d’invisibilité pour le faire. Cette liberté, même si elle te paraît insuffisante, je l’ai durement négocié pour ton anniversaire grâce à ton statut de premier enfant sur Mars.
Ève qui reprend de l’assurance rétorque :
—Justement cette liberté ne devrait pas être limitée, il faudrait que ça change.
Paul retrouve sa rebelle mais ne recule pas pour autant, il continue son explication.
—Ève, il faut que tu écoutes ce que j’ai à te dire pour comprendre. Sur la Terre quand j’avais dix ans, du jour au lendemain notre façon de vivre a complètement été bouleversée. Deux grands fléaux ont été la cause de ce changement. Une épidémie et l’afflux d’une population qui fuyait son pays en guerre.
—C’est quoi une épidémie ?
—L’épidémie c’est quand beaucoup de personnes meurent à cause d’un microbe.
— Et La guerre ?
— C’est quand les hommes se battent entre eux et sèment la mort.
Après un silence Ève reprend :
—C’est quoi un microbe ? Et pourquoi les hommes se battent ?
—Un microbe c’est un organisme vivant microscopique qui a besoin du corps de l’homme pour se multiplier. Il y en a des gentils et d’autres qui sont très dangereux qui tuent.
—On ne les voit pas à l’œil nu ?
—Non et c’est pour ça qu’ils font peur. Tu sais qu’ils sont là quand tu tombes malade.
—Et dans la guerre ce sont les hommes qui tuent.
—Tu as tout compris.
—C’est pour ça que tu es venu sur Mars ?
—Non, quand je suis venu sur Mars c’était vingt ans plus tard, il n’y avait plus d’épidémie ni de guerre, je suis venue ici pour être avec ta mère.
Ève qui s’est retournée sur les genoux de son père :
—Alors pourquoi tu dois cacher l’histoire de ta famille.
Paul mesurant ses mots :
— C’est une longue histoire. Le microbe a semé la peur. Les gouvernants ont promis aux populations de gérer l’épidémie à condition qu’ils fassent bien tout ce qu’on leur demandait. On n’avait plus le droit de s’embrasser ni d’être ensemble. Toutes les activités permettant aux gens de se voir étaient interdites. Il fallait porter un masque dès que tu sortais de chez toi. Tous les soirs la télévision donnait des directives à suivre pour éviter d’être contaminé et de contaminer les autres. Notre façon de vivre a changé.
—Ça a duré combien de temps ?
—Ça a duré 10 ans.
—Tout le monde obéissait ?
—Au bout de deux ans une partie de la population s’est révoltée. Elle détruisait par le feu tout ce qui lui tombait sous la main. Les musés, les bibliothèques, les archives tous les bâtiments représentant l’état étaient laminés par cette vague humaine incontrôlable faisant disparaitre tout le patrimoine accumulé au cours des siècles par la civilisation humaine. La situation était devenue incontrôlable, c’était le chaos total.
—Et les microbes ?
—Les microbes avaient été éradiqués mais c’est la façon dont la pandémie avait été gérée qui a amené le chaos. Il y avait une partie de la population qui soutenait l’état et l’autre qui ne voulait plus l’écouter. Les gens se sont dressés les uns contre les autres. Même dans les familles les personnes n’étaient plus d’accord. Chacun donnait son avis sur les réseaux sociaux, une vraie cacophonie.
—Je comprends que tu aies eu envie de partir.
—Quand je suis parti une autre catastrophe venait de se produire. Tous ces trésors qui avaient été détruits avaient été numérisés mis hors d’atteinte des prédateurs précieusement sauvegardés dans l’ADN d’une plante qui offrait un espace infini de stockage.
—C’est quoi l’ADN ?
—C’est de qui fait la différence entre toi et Adam. Tu es constituée de molécules biologiques alors qu’Adam n’est constitué que de molécules métalliques.
—Je suis vivante comme les plantes et les animaux ?
—Oui les plantes sont vivantes, mais ce qu’elles ont de plus que nous c’est qu’elles ont, dans la nature, un cycle de vie qui se renouvelle indéfiniment. Elles sont éternelles.
—Tu m’as parlé d’une catastrophe.
—Oui on pensait que les données étaient à l’abri dans cette plante magnifique qui offrait un espace de stockage infini.
—Et alors ?
— Un jour elle a été attaquée par un virus qui l’a tuée détruisant toutes les données qu’elle avait stockées dans son ADN. Toute l’histoire de l’humanité avait été effacée.
—C’est arrivé quand ?
—Juste avant que nous venions avec ta mère sur Mars. À cette époque tous les vieux se laissaient mourir ne supportant pas d’avoir perdu leurs souvenirs. Ton parrain venait d’inventer une puce minuscule, celle qui est au cœur de la bague.
—Tu m’as toujours dit qu’il en avait vendu des milliers.
—Oui, cette puce a fait sa fortune.
—Mais alors il doit bien y avoir quelque part sur la terre, plein d’histoires enregistrées. Tu n’auras pas été le seul à penser cacher ce trésor ?
—Et bien non figure toi toutes les personnes qui avaient fait des enregistrements ont été sommées de rendre leur puce pour qu’elle soit détruite.
—Je suis sure qu’il y a des gens qui ne l’ont pas rendue.
—Ça n’a pas été possible car les puces étaient immatriculées et on savait exactement où elles étaient et qui avait utilisé cette nouvelle technologie, il y en avait des millions.
—Et pourquoi la tienne n’as jamais été réclamée ?
—Parce que c’était un prototype.
—Je n’arrive pas à croire que toutes les puces aient été rendues
—Ce qui a beaucoup aidé c’est qu’une grosse somme d’argent était proposée en dédommagement, et les menaces pour ceux qui dérogeraient à la loi étaient très inquiétantes. Et puis en deux générations les hommes ont oublié ce passé. Depuis vingt ans une nouvelle histoire s’est gravée dans les cerveaux.
Paul se demande si sa fille a suivi son long récit, la réflexion qu’elle lui fait lui enlève tous ses doutes :
—Donc c’est bien la seule histoire qu’il reste de cette époque. Et nous sommes les seuls à y avoir accès. Je comprends maintenant que tu aies été inquiet.
—D’autant que les répercussions sur notre famille pourraient être désastreuses.
—Mais il y a une autre bague sur Terre dans notre famille est ce qu’ils savent qu’elle renferme la mémoire de ta grand-mère ?
—Non ils ne le savent pas. Quand ma grand-mère est morte elle a légué sa bague à la première de ses petites filles comme un bijou sans préciser qu’il y avait sa mémoire enregistrée à l’intérieur.
—Comment tu sais ça ?
—Elle me l’a écrit dans une lettre qu’on m’a remise après sa mort me laissant libre de dire ce que contenait la bague. J’ai pensé qu’il valait mieux pour leur sécurité qu’ils l’ignorent. Un jour peut-être, on pourra le leur dire.
—Donc nous sommes vraiment les seuls à connaitre ce secret. Tu as raison, il ne faut surtout pas que Watson junior sache que cette puce existe.
Paul est sidéré de voir sa fille prendre les choses aussi calmement, il en profite pour préciser.
— Oui et comme il est connecté en permanence avec Adam, tu cours un risque énorme en le mettant dans la confidence.
— Adam a réussi à contourner le problème papa en nous rendant invisibles.
—Théoriquement ce n’est pas possible. Tu cours ce risque énorme aujourd’hui.
—Les répercussions seraient sur nous seulement ou sur toute notre famille ?
Paul effrayé par l’hypothèse d’une découverte imagine les conséquences à haute voix
—Sur toute notre famille et nous y compris, imagine-tu un instant nous voir séparés ? Nous pourrions ta mère et moi être renvoyé sur Terre banni de cette communauté que nous avons risqué de contaminer par notre transgression. Tu ne pourrais pas nous suivre et resterait sur Mars assistée d’un nouvel androïde sans Adam qui serait déconnecté à jamais ?
Ève interloquée par la violence des paroles de son père, hurle en rejetant cette perspective.

Non Papa, ils ne peuvent pas faire ça juste pour une bague !

—Ce qu’ils ne vont pas supporter, c’est que tu aies transgressé la règle !

—Il faut changer ça papa, moi je ne veux pas vivre comme ça !

Paul la serre dans ses bras voulant atténuer son effroi.

—C’est le pire qui pourrait arriver.

Ève le cœur battant se reprend et demande :

—Et le moins pire ce serait quoi ?


Paul après avoir ralenti le débit de ses paroles reprend.
—La bague serait confisquée, Watson pourrait se l’approprier et aller fouiner dans notre histoire de famille.
Ève se pelotonne un peu plus en rentrant la tête.
—Quelle horreur ! Et puis ?
—Adam pourrait être réinitialisé.
—Ça veut dire quoi ?
—Sa mémoire serait effacée.
—Il ne se rappellerai plus de rien ?
—Rien de tout ce que vous avez vécu ensemble depuis ta naissance.
Ève met son pouce dans la bouche et cache sa tête dans l’épaule de son père.
Paul décide d’arrêter, il en a assez dit pour le moment.
De sa petite voix sans enlever son pouce de la bouche elle marmonne :
— Papa tu vois bien qu’ Adam est localisé ici alors qu’il est ailleurs. Il a réussi a contourner Watson Junior.
Paul tergiverse content de voir que sa fille a repris ses esprits.
—Justement j’aimerai bien savoir où il est passé, maman a été alertée par Aliocha parce que vous manquiez à l’appel dans le gymnase.
Ève se redresse et répond :
—Tu as raison j’avais complètement oublié, on aurait dû y être. Je vais m’excuser je te promets que ça n’arrivera plus jamais.
Puis elle balaye ce détail de la main et revient sur le sujet de leur discussion.
—Il faut absolument faire une copie de la bague. On trouvera bien un endroit ou la cacher .
—Pour le moment la bague est dans un endroit secret que je vais te faire découvrir. L’idée n’est pas de renoncer à ces voyages mais de les faire ensemble en toute sécurité.
—Ensemble ? Comment est-ce possible ?
—C’est possible avec les nouveaux casques de réalité virtuelle que Jonathan a envoyé pour ton anniversaire, j’en ai reçu un aussi.
Ève passe ses bras autour du cou de son père et l’embrasse.
—C’est une idée merveilleuse.
Paul attend que sa fille ait bien intégré l’information qui exclue complètement Adam du projet.
Après un silence Ève demande :
—Et Adam dans tout ça ? on en fait quoi ?
—Je vois qu’il adore vivre sa vie ! On va lui trouver une occupation, regarde il n’est pas là en ce moment je voudrais bien savoir pourquoi !
Ève peste « in petto » mais oui qu’est-ce qu’il fabrique cet abruti ! Elle rajoute pour faire patienter son père.
—Il ne va sûrement pas tarder.
Paul jette un coup d’œil à l’écran plasma :
— Tu étais en train de travailler sur quoi quand je suis arrivé ?
Pas mécontente de voir son père détourné du sujet qui fâche :
—C’est la liste des enfants et de leurs assistants personnels.
Paul curieux :
— Et tu vas faire quoi avec ça ?
—Je veux déjà bien les connaître tous par leurs prénoms leur âge, ce qu’ils aiment, j’en connais déjà pas mal avec la revue d’Aliocha. Je suis leur aînée et je peux les aider dans beaucoup de domaines.
—C’est bien ma chérie, tous ces enfants vont être tes amis votre différence d’âge va s’estomper avec le temps.
—Je les aime beaucoup. Ils ont tous un rôle dans la revue d’Aliocha avec leurs assistants personnels. Adam aime beaucoup Victor celui de Thelma.
—Pourquoi les as-tu regroupés par trois ?
—Adam m’a expliqué que c’est un chiffre idéal.
—Ils sont au courant de ce que tu comptes faire ?
—Non pas encore mais je n’ai pas de souci avec ça. Je ne pense pas que ce sera un problème.
—Comment en es-tu si sure ?
—Quand ils vont voir ce que je vais leur proposer, ils vont adorer.
—Tu peux m’expliquer, si je ne suis pas indiscret ?
—C’est en train de murir dans ma tête, je ne peux pas encore en parler.
Paul pensif regarde sa fille qui est en train de le faire tourner autour de son petit doigt. S’il avait l’impression d’avoir repris le contrôle de la situation, il se trompait et de le constater ne le rassurait pas du tout. Mais la tranquille assurance que sa fille affichait était contagieuse et il remit à plus tard les questions qu’il se posait.
C’est ce moment que choisi Adam pour refaire surface l’astronef s’inséra dans son enclave et Paul et Ève le virent en sortir un petit peu interloqué de se trouver nez à nez avec Paul qui s’empresse de le questionner :
—Bravo Adam d’où reviens tu si tardivement ? et comment as-tu pu laisser Ève seule sans lui dire où tu allais ?
Adam s’insère dans son alcôve car avec la présence de Paul il ne reste plus beaucoup d’espace dans la cellule.
—Je vais vous expliquer Paul. Mais avant tout je dois nous reconnecter Ève et moi.
Paul regarde Adam s’installer et manipuler les boutons qu’il a sur son poignet puis lever les yeux vers l’écran plasma qui se dresse devant lui. la manipulation ne prend pas plus de deux secondes.
Adam baisse les yeux et rencontre le regard de Paul qu’il ne quittera pas pendant toute la plaidoirie qu’il va débiter pendant les dix minutes qui vont suivre.
Ève reste silencieuse trop contente de ne plus être le cœur du sujet.
Paul le relance :
—Adam j’attends des explications à ta conduite qui est inqualifiable. Ce n’est pas parce que tu es déconnecté de Watson que tu peux faire n’importe quoi.
Adam encaisse le sermon et essaye de détourner le sujet.
—J’étais avec Anton. Je l’ai retrouvé sur le site de Tempe Mensa.
Paul curieux :
—Et pourquoi avais-tu besoin de rencontrer Anton ? Et comment as-tu pu laisser Êve sans lui dire ou tu allais ?
Adam jette juste un coup d’œil à Ève éludant la question.
—Anton est mon parrain putatif, je l’ai découvert au cours de mes recherches et je me devais de lui dire que je le savais.
—Et que t’as-t-il dit quand tu l’as retrouvé avec cette nouvelle ?
—Il a simplement dit que j’étais en avance sur son timing.
—Donc il t’attendait ?
—Oui.
—Et ensuite ?
—Je pensais revenir immédiatement mais Il m’a demandé de le suivre sans explications aucune.
—Ou avez-vous été ?

Adam préfère en dire le moins possible il verra plus tard avec Anton ce qu’il peut révéler.
—Devant la stèle noire qui se trouve au milieu du lac salé ou vous nous avez emmené avec Ève il y a deux jours. Quand je me suis retrouvé devant ce monument j’ai reçu un message.
Paul de plus en plus intrigué :
—Anton avait besoin de toi pour récupérer ce message ?
—Il m’a dit que j’étais le seul à pouvoir le réceptionner et que le message était destiné à Marie.
— Tout ce que tu nous racontes est bien mystérieux.
Adam qui préfère garder pour lui le détail de ses échanges avec Anton rajoute,
— Ensuite nous nous sommes quittés il fallait que je revienne le plus vite possible pour Eve.
—Est-ce que tu peux nous montrer ce message ?
—Je vais le restituer sur l’écran et le transmettre à Marie pour qu’elle puisse nous expliquer ce que ça veut dire.
Paul tourne la tête vers l’écran et aperçoit des mots dans une langue incompréhensible pour lui et une formule de mathématique que Marie sera seule à pouvoir décrypter en mathématicienne avertie.

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