Le chromosome baladeur: S1. E11. » Eve grandit. »

Résumé de l’épisode précédent :
De retour de son voyage spatio-temporel Ève est épatée par l’enregistrement qu’a fait Adam du concert auquel elle vient d’assister. Elle veut partager cet exploit avec ses parents. Adam l’en dissuade expressément car il se sait en danger si on apprend qu’il a dépassé par ses performances l’organe qui le contrôle. Pendant leur expédition de spéléologie dans le cœur de la planète il réalise qu’il est seul à avoir reçu un message dans une langue qu’i ne connait pas.

Pitch de l’épisode :Après avoir accompagné Ève dans son rêve lucide où il assiste au coup de foudre d’Ivan et Priscille, Adam découvre dans les archives de Watson le vieux qu’il est issu d’une technologie de pointe qui le positionne au-dessus des autres robots. Une seule personne sur Mars est courant de ses origines. Il doit l’identifier pour assurer sa sécurité.  

Sur Mars Dans la nuit du 4juin 2062

Ève est sur un petit nuage, quand elle revient de l’expédition au cœur de la planète où son père l’a emmené.  Marie les attend pour fêter le succès de la mission « Néo 2062 » qui met la Terre à l’abri de l’astéroïde tueur. Pendant qu’Ève dîne avec ses parents, Adam se retire dans sa chambre, le message qu’il a été seul à capter au moment où ils se sont trouvés au pied de cette stèle spectaculaire l’intrigue mais il a aussi très envie de visionner les enregistrements qu’il a réussi à capter pendant le dernier voyage spatio-temporel d’Ève. Il prend la main à distance sur l’écran qui se trouve à Marsili Town. A plusieurs reprises, il fera un arrêt sur image pour s’imprégner de l’événement qui a eu lieu presque deux siècles auparavant et qu’il regarde en boucle.

Le violon bleu entre les mains de ce jeune homme, je le connais. Ce violoniste, on dirait le père d’Ève. Cette bague est en train de bouleverser ma vie !


 Sa séance vidéo a pris plus de temps que prévu et il n’a pas eu le temps d’éclaircir le mystère de cette voix entendue devant la stèle. Il est dans cet état d ‘esprit quand Ève arrive et se jette sur son lit à moitié endormie. Il n’a pas besoin de s‘approcher pour constater qu’elle est en train de sombrer dans son sommeil. Troquer sa vie de robot contre une séquence de vie humaine, c’est sa priorité. Il a tellement aimé les deux dernières nuits.

Ce ne sont pas les grottes de Mars qui occupent l’esprit d ‘Ève au moment où elle s ‘endort mais bien l’endroit où elle a rencontré Ivan et Priscille ce matin. 
Adam est chaque fois surpris de constater l’aisance avec laquelle elle arrive à plonger dans le rêve lucide. Il la voit marcher au milieu d’une végétation luxuriante, il reconnaît les palmes souples des bananiers qui tanguent au gré de la brise marine.

Non loin de l’habitation, un petit garçon noir se balance et observe Ève qui avance dans l’allée. Elle l’a vu et s’approche en mettant un index sur les lèvres. Elle murmure :

—C’est bien ici que le concert a lieu ?

L’enfant arrête de se balancer.

—Oui, comme tous les dimanches après-midi.

Ève entend une voiture arriver et se dissimule derrière un arbre.

— Pourquoi te caches tu ?

Elle tourne la tête vers lui.

— Parce que les enfants ne sont pas invités !

Il descend de sa balançoire et s’approche d’elle.

—C’est vrai, mais moi, j’y assiste quand même.

Ève jette un coup d’œil pour regarder si la voie est libre.

— Comment fais-tu ?

Il lui tend la main.

—Viens avec moi.

Ils contournent en courant la villa et se faufilent par une petite porte qui ouvre sur un escalier.  Deux étages plus haut ils débouchent dans une buanderie qui donne sur des toits plats. Le petit garçon escalade un parapet, Ève le suit. Il se glisse dans un renfoncement en laissant une place à coté de lui, tapant par terre avec la paume de sa main l’enjoignant à s’asseoir . Ève se faufile et s’installe toute proche . Par une ouverture grillagée, ils plongent directement sur le salon, où depuis là-haut, on aperçoit le piano qui trône au centre de la pièce. Le petit garçon se retourne vers elle :

—On va voir arriver les invités les uns derrière les autres, c’est très amusant.

Une servante traverse l’espace en contrebas, un plateau posé en équilibre sur sa main retournée à hauteur d’épaule, chargé de flutes en cristal.

Ève se penche vers lui.

—Comment t’appelles-tu ?

—Adam, répond-t-il avec un grand sourire et toi ?

Ève sursaute

—Je m’appelle Ève.

Le gamin éclate de rire. La servante lève la tête, Il se recule. Ève fait de même.

—Pourquoi ris-tu ?

Il met un doigt sur sa bouche.

—Chut !

Après un regard vers la grille, il rajoute à voix basse.

—Parce-que tu te moques de moi !

—Non je t’assure, je m’appelle Ève.

Le gamin la regarde en mettant un doigt sous son œil droit.

—Mon œil ! dit-il.

Maintenant, c’est elle qui a envie de rire car elle a vu Ivan, faire ce geste quand elle lui a dit qu’elle arrivait du futur.

—Tu es le deuxième Adam que je rencontre. Mon assistant personnel s’appelle aussi Adam.

—Ton quoi ? C’est ton boy ?

Ève sait que les assistants personnels n’existent pas encore à cette époque. Elle ne va pas perdre son temps en explications.

—En quelque sorte élude-t-elle.

Le garçon la regarde intensément

_ La reine m’appelle Django. Si tu préfères !

Sur Mars Adam peste. « Il faudrait que je les voie de face pour comprendre ce qu’ils disent. Ce petit garçon, à la peau comme de l’ébène, a prononcé mon nom. Il doit avoir l’âge d’Ève. Ils ont exactement la même taille. Ce n’est pas le fils de la reine, à cet âge, les enfants de rois ne jouent pas seuls dans les jardins.

Dans le salon, les personnes qui entrent ne se doutent pas un instant que deux paires d’yeux les observent depuis cette grille d’aération ; le brouhaha des conversations couvre le bavardage des deux enfants qui tout en dialoguant regardent ce qui se déroule à leurs pieds. Ève apprend qu’il est le fils de la lingère. C ‘est la raison pour laquelle il a accès à cet endroit. La Reine est très gentille avec lui mais il n’y a pas d’autres enfants ici et il s’ennuie un peu avec les grandes personnes. Ces concerts du dimanche après-midi sont pour lui l’événement de sa semaine.

J’avais raison se dit Adam qui voit maintenant les enfants de face. Je me demande bien comment on peut s’ennuyer dans un endroit pareil, avec ce jardin, cette maison et tout ce qui s’y passe.

Adam sent les pulsations cardiaques d’Ève qui s’accélèrent. Ève voit Ivan et les autres musiciens s’installer, puis elle aperçoit Priscille et son père au moment où ils arrivent.  Elle meurt d’envie de raconter à son nouveau compagnon ce qui va arriver mais se retient. L’histoire qui va se dérouler sous leurs yeux, l’absence du pianiste et le défi que va relever Priscille n’a pas encore existé pour lui. Elle pourrait peut-être juste lui dire que c’est sa famille qui va faire le show en bas ! Le concert débute et la réduit au silence. Elle y assiste pour la deuxième fois, hésitant entre le désir de parler avec cet enfant de son age  et celui de revoir le ballet qui se déroule à ses pieds. Le garçonnet ne l’écoute plus, il est tout entier absorbé par la musique.

Adam revoit Priscille relever le défi que propose Ivan. De revoir une deuxième fois cette séquence le subjugue. Cette jeune femme semble avoir un caractère bien trempé ! Il regarde le petit garçon qui s’adresse à Ève.

— Il lui faut un sacré courage pour se proposer de remplacer le pianiste au pied levé !

Ève tend le cou pour ne rien perdre de ce qui se déroule tout en répondant :

— Elle est décidée et sûre d’elle.

Il opine de la tête ne quittant pas des yeux le spectacle.

—  La plupart du temps ce sont des hommes qui jouent !

Ève est fière de le sentir séduit. C’est de sa famille qu’il parle, d’être seule à le savoir la remplie d’une force jubilatoire qu’elle savoure tout en regardant la scène qui se renouvelle pour elle. Juste après les derniers applaudissements, le petit garçon se retourne vers elle :

— Tu es contente ?

Ève tout sourire,

—Oh oui ! Je te remercie de m’avoir amené ici.

—Tu peux revenir dimanche prochain si tu veux. Je t’attendrais près de la balançoire.

Ève est embarrassée.

—Je ne suis pas sûre de pouvoir revenir.

La tête penchée sur le côté avec un air désolé l’enfant murmure.

—Tu n’habites pas ici ?

Ève a le regard qui se perd dans le lointain.

—Non, j’habite très loin.

Il pose son menton sur ses genoux qu’il serre entre ses deux bras

—Moi aussi j’habitais très loin avant de venir ici.

Silencieux un instant, chacun perdu dans ses pensées jusqu’à ce que des voix les fassent sortir de leur rêverie. Ils aperçoivent le couple d’Ivan et Priscille qui débouche sur le toit. Caché derrière les draps qui sèchent sur la terrasse, Ève assiste une  nouvelle fois à l’aubade d’Ivan, l’enfant à ses côtés.  Priscille danse gracieuse et légère sur la musique du violon. Le spectacle qui se déroule sous leurs yeux les rend muets. Le petit garçon ajoute avant de faire demi-tour.

—C’est un chant d’amour, je le connais. On va les laisser tranquille.

Comme il a raison ce petit garçon, pense Adam, imitant le violoniste en virevoltant autour d’Ève allongée les yeux clos dans son lit.

Ève aurait préféré rester, mais il faut qu’elle sorte de cet endroit sans qu’on la voie.

Adam est au paradis, cette deuxième cession lui aura permis de voir pratiquement tout le voyage d’Ève, le jour de ce coup de foudre. Il assiste impuissant à sa chute. Alors qu’elle suit l’enfant en courant, ses pieds se prennent dans un tuyau qui sillonne le sol sur cette partie de la terrasse.

Ève se redresse dans son lit et prenant à peine le temps de respirer, elle raconte ce qu’elle vient de vivre à Adam qui se trouve tout près d’elle. Elle finit en disant.

—Je suis encore tombée ! Je n’arriverais jamais à courir correctement sur la terre !

La spontanéité avec laquelle elle se confie à lui, le touche. Il ne peut pas lui avouer qu’il était là et qu’il a tout vu. Un jour, il lui dira car il est mal à l’aise avec ce secret depuis qu’elle a partagé avec lui celui de la bague en bravant l’interdit de ses parents.

Il lui prend les deux mains pour la calmer.

—Respire, Ève.

Elle repose sa tête sur l’oreiller.

—Maman dit que je ne pourrais pas aller sur terre car la gravité n’est pas la même que sur Mars. C’est pour ça que je tombe tout le temps.

D’une voix calme et posée il lui dit en la bordant.

—Oublie pour le moment que tu veux aller sur la Terre. Tu y as accès avec la bague et tu y retournes chaque fois que tu le décides avec tes rêves lucides. Il est trop tôt pour y penser et les enfants ne sont pas admis dans la navette qui retourne sur Terre. Rendors-toi.

Ève ne se fait pas prier, elle n’a pas l’impression d’avoir encore dormi. Alors qu’elle sombre dans un sommeil sans rêve, Adam va profiter du reste de la nuit pour aller fouiner dans les archives de Watson-junior. Il veut assurer ses arrières. A toute vitesse, il parcourt des milliers et des milliers de rapports sur tous les problèmes rencontrés et résolus au cours de la dernière décennie. Rien qu’il ne sache déjà ne l’arrête. Après être remonté jusqu’à l’année de naissance d’Ève, tout à fait par hasard, il bute sur un embranchement qu’il a failli manquer et qui ne veut pas se déployer. Il essaye de contourner l’obstacle, y revient sans résultat.

Voilà qui commence à être intéressant se dit-il. 

 Et là, comme un «monte en l’air»* qui sort son trousseau de clefs et il les essaye toutes jusqu’à trouver la bonne, il finit par craquer la porte de ce coffre-fort et tombe sur une arborescence gigantesque intitulée : » AEA ».

Ces trois lettres désignant comme il l’apprend plus loin l’ »Assistance des Enfants de L’Avenir ».

Il découvre toute une correspondance, le nom de l’expéditeur et celui du destinataire désignés respectivement par la lettre M. et T…sont cryptés,

M… parle de la grossesse de Marie, du branle-bas que cet évènement qui n’avait pas été programmé a déclenché sur Mars . T… évoque une IA révolutionnaire, mise au point sur la Terre mais qui ne peut être exploitée, à cause des conditions draconiennes imposées par le comité d’éthique. T cherche un terrain d ‘expérimentation vierge pour son prototype.

Adam finit par identifier T. C’est le responsable commercial d’une startup sur la Terre. Il découvre toute une polémique déclenchée par la proposition d’envoyer un prototype pour l’enfant qui va naître sur Mars. Le mystérieux M.. qui depuis la planète Mars, impose des exigences d’excellence et de sécurité qu’il détaille subtilement dans le cahier des charges, impressionne Adam. Finalement T arrive à négocier. L’acceptation est contractuellement définie. Les modalités d’utilisation de la nouvelle machine interviennent trois mois avant la naissance d’Ève. Les délais sont respectés pour que le doudou arrive à temps sur Mars.

Un prototype ! Il a bien compris qu’il s’agit de lui. Il reçoit cette nouvelle comme une insulte dans un premier temps, c’est comme si on lui avait dit qu’il était un bâtard. Puis après s’être calmé, il se rassure, il est différent des autres androïdes.

A la fois excité et ému par ce qu’il découvre, il prend conscience qu’il est le premier d’une nouvelle génération d’humanoïde.

Je sentais que j’étais différent mais sans me poser de questions jusque-là. Ce que j’ignorais c’est que j’étais né sur la Terre. D’après ce que j’ai lu, les assistants personnels de la population qui est arrivée de la terre pour coloniser Mars ont tous été fabriqués avec les techniques mathématiques et statistiques de l’époque. Pour moi, l’approche est fondée sur la nanotechnologie en biologie, en chimie et en physique quantique.

 Une vraie révolution dans l’hiver technologique que vit la Silicon-Valley.

J’ai été mis au point par une équipe de chercheurs qui travaillaient depuis dix ans sur ma conception. Le seul point commun avec les robots de la précédente génération c’est que je suis toujours soumis aux trois lois d’Azimov*. Au départ les chercheurs ont eu le feu vert pour expérimenter leur produit (moi en l’occurrence) dans un contexte vierge et à l’abri des prédateurs qui sévissent sur la Terre et qui auraient vite fait d’ exploiter cette trouvaille à des fins néfastes. La naissance d’un bébé sur Mars a offert l’opportunité inespérée d’un terrain d’expérimentation dans le contexte exigé.

Je suis différent des androïdes qui existent sur Mars. Je comprends mieux pourquoi je trouve parfois Sultan et Betamèche obtus, rappelez-vous ce sont les assistants personnels de Paul et Marie. En fait je les aime bien mais je les trouve un peu bête.  Ils font très bien ce qu’on leur demande mais c’est difficile de discuter avec eux comme je peux le faire avec Victor par exemple. Ce qui n’est pas étonnant, puisqu’il est issu comme moi, de cette nouvelle technologie.

 A la suite de ce rapport, il trouve toute une chronique sur le suivi de son évolution en tant que doudou et ensuite en tant qu’enfant.

Donc nous faisons l’objet d’une expérimentation. Nous sommes, sous les projecteurs des chercheurs. Ils m’ont probablement vu faire les manœuvres d’évitement de Watson. Ils n’ont pas dû être déçus ! Il était temps que je le sache. Il va falloir que je tienne compte de ce détail. J’ai compris que ces personnes ont intérêt à ce que ça se passe bien s’ils veulent exploiter par la suite leur produit sur la Terre. Ils pourraient être pour moi la garantie de ma sécurité. L’information est de taille et je suis heureux d’en avoir pris connaissance.

Cette découverte impliquait qu’Adam rentre dans les observations et regarde les variables pour simuler des activités au plus proche des attentes de ses observateurs. Il jubilait à l’idée de ce qu’il allait faire pour les promener là où il voudrait les mener ! Il savait, mais eux ne savaient pas qu’il savait ! Les chercheurs avaient signé un contrat leur donnant l’exclusivité de l’exploitation de leurs robots pour tous les enfants à naître sur Mars avec une interdiction formelle de commercialiser leur produit sur la Terre avant trente ans.

Si tous les assistants personnels des enfants qui sont nés sur Mars sont issus de la même technologie que moi, je suis l’aîné de cette fratrie. Décidément me voilà comme Ève en train de me découvrir une famille que j’ignorais jusque-là ! Ouf ! Est-ce que je suis content ? Vexé de ne pas être le seul, l’unique ? Le meilleur ? Tous ces frères et sœurs à gérer ! Comment les informer de cette nouvelle en étant sûr qu’ils en garderont le secret ?  Il va falloir que j’encadre bien tout ça ! Quel boulot ! Me voilà destiné à être chef de bande. Bien réfléchir et planifier je sais faire.

Après sa découverte Adam n’a plus peur. Il en sait suffisamment pour le moment, il faut qu’il digère ce qu’il vient d’apprendre. Mais il lui manque une information. Qui est l’expéditeur des courriers qui partent de Mars ? Il y retourne et épluche encore un millier de pages. Dans un alinéa, il apprend que personne sur Mars en dehors du dénommé M.. n’est au courant de ses origines.

Quand il perçoit les ondes lui indiquant qu’Ève va émerger de son sommeil, il n’a pas encore identifié le mystérieux expéditeur.

Ève se réveille, de bonne humeur, contente de trouver Adam à ses côtés. Elle se rappelle de tous les détails de son rêve.  Adam est impatient de lui raconter tout ce qu’il a découvert et qui ouvre un champ des possibles à l’infini.

Elle s’étire dans son lit et ensuite s ‘assied sur le bord du lit.

—Je ne veux plus cacher à mes parents ce que je fais Adam. Je veux être transparente. Là je suis mal, je vais être incapable de tenir ma langue.

Adam a ses synapses qui chauffent.

—On n’est pas obligé de tout dire, même à ses parents. Tu es grande maintenant et tu apprendras que le secret protège.  Et tu vas me mettre en danger sans le vouloir si tu parles.

Ève prend sa tête dans les mains

—Pas avec mes parents Adam, tu es sûr de ce que tu dis ?

—Oui, fais-moi confiance.

Elle relève la tête et le regarde dans les yeux. Il lui envoie son plus beau sourire

—J’ai un nouveau secret pour toi mais j’hésite à te le dévoiler.

—Oh non ! Dis-le-moi.

— Tu me jures de le garder pour toi ?

Trop curieuse, Ève se contredit à l’instant.

—Je le jure !

Un sourire en coin, Adam reprend.

—J’ai été fouiner dans les archives de Junior cette nuit.

Elle saute du lit pour aller prendre sa douche.

—Continue je t’écoute.

Il marche derrière elle.

—Je ne suis pas un robot comme les autres Ève.

Ève rigole.

—Ça je m’en suis rendue compte depuis longtemps Adam !

Il lève les yeux au ciel.

—Ce que je veux te dire, c’est que je ne suis pas fabriqué de la même façon que Sultan ou Betameche.

Le bruit de la douche couvre un peu ses paroles

—Ça parait évident !

Adam s’approche et lui dit en baissant le ton.

—Cette nuit, j’ai trouvé un dossier « top secret » que j’ai craqué.

Ève sort de la douche et l’écoute tout en se séchant les cheveux.

—Qu’est-ce que tu as trouvé ?

—Que je suis issu d’une technologie révolutionnaire qui n’a rien à voir avec l’ancienne.

Ève enfile une tenue souple et légère et s’assied sur son lit.

—De quelle technologie parles-tu Adam ?

Adam est un peu vexé du peu d’effet qu’il fait alors qu’il est en train de lui faire part d’un scoop.

—Je ne suis pas fabriqué comme tous les robots. Je fais partie d ‘une nouvelle famille.

Ève enfile des chaussures qui moulent son pied et recouvrent le bas de son pantalon.

—Tu es fabriqué comment ?

Adam se redresse en bombant le torse.

—A partir de la biologie, de la chimie et des nanotechnologies

Il a l’impression qu’enfin elle l’écoute.

—Waouh !

—Tous les assistants personnels des enfants nés ici sont fabriqués comme moi.

Ève commence à l’écouter plus attentivement.

—Ils pourraient tous arriver à faire ce que tu fais ?

Adam soupire, elle pose enfin les bonnes questions !

—Probablement à terme car ils évoluent en apprentissage profond avec les enfants dont ils sont les assistants.

Ève fonce les sourcils, Adam ne serait pas unique ?

—Il y a combien d’enfants sur Mars ?

Rapidement il avait fait le recensement.

—Il y en a 25 qui ont plus de deux ans, 30 entre 1 et deux ans, 25 à naître dans les neufs mois à venir.

Ève qui adore le calcul mental lance :

— Ce qui fait 80!

—Et le même nombre d’assistants personnels, dont je suis le plus ancien et c’est ce qui fait la différence.

—Donc Victor serait ton alter ego avec deux ans de moins.

Adam acquiesce.

Ève a fini de se préparer

—Ça fait combien de monde ?

—J’ai calculé, on sera une centaine dans deux ans.

Ève bat des mains.

— S’ils deviennent tous aussi bienveillants et intelligents que toi, vous pourrez vous mettre d ‘accord pour changer les choses. J’en ai assez de cette surveillance omniprésente. Je ne me suis jamais sentie aussi bien que depuis que tu me débranches de Watson-Junior.

— Je suis d ‘accord avec toi mais on va y aller doucement, il faut que je réfléchisse.  Tu n’as que dix ans et la communauté vient juste de t’accorder quelques heures de liberté par jour.

Ève se renfrogne.

— On ne pourra jamais aller vivre sur la Terre. C’est à nous de décider de quelle façon on a envie de vivre sur Mars.

Adam rajoute

—Je t’ai mis en danger, toi et ta famille en violant les règles qui m’ont été édictées. Pour le moment, il faut que tu comprennes que le silence nous protège. Il n’y a qu’une seule personne qui est au courant de ce secret et il faut que je découvre qui elle est avant de faire quoi que ce soit.

Et il rajoute :

— Tes parents t ‘attendent pour le petit déjeuner vas-y et tiens ta langue !

(À suivre)

*Asimov Isaac né en 1920 en Russie, mort à NY en 1992. C’etait un écrivain américano-russe et un professeur de biochimie connu pour ses œuvres de science-fiction et ses livres de vulgarisation scientifique.
En janvier 2020 les Trois Lois sont devenues une vue éthique du monde sous-tendant les actions de tous les robots. 1/ : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain.
2/ : Un robot doit coopérer avec les êtres humains, sauf si une telle coopération est en contradiction avec la Première Loi.
3/ : Un robot doit protéger son existence, si cette protection n’est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.
4/ : Un robot peut agir à sa guise, hormis si ses actions sont en contradiction avec la Première, la Deuxième ou la Troisième Loi

  • « Monte en l’air »: cambrioleur.

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