Le chromosome baladeur . S1. E8. »Tempête solaire »

Résumé de l’épisode précédent :
Marie déclenche avec succès le lancement de l’engin gravitationnel qui doit dévier l’astéroïde qui menace de percuter la Terre. Paul révèle à sa fille qui est Priscille et rejoint ensuite sa femme pour la soutenir dans son challenge. Ève part retrouver Adam, impatiente de repartir en voyage spatio-temporel avec un objectif très précis.

Pitch de l’épisode :

Alors qu’Ève s’apprêtait à rejoindre ses tris-aïeux deux siècles plus tôt, une tempête solaire l’oblige à se rejoindre tous les enfants dans le bunker du gymnase. Sa mère la retrouve dans un moment d’intimité. Le soir Adam fait une gaffe qui laisse entendre aux parents qu’Ève a dévoilé le secret

Sur Mars dans l’après-midi du 3 juin 2062

Après cette matinée de complicité improvisée avec son père, Ève file dans sa bulle vers Marsilitown. Un grand sourire illumine son visage, avec Adam elle ne doute pas un instant d’atteindre son objectif. Mais comment faire sans lui révéler le secret ? Oh et puis zut, Je vais tout lui dire. De toute façon, je ne veux plus le débrancher. Même si maman pense qu’il ne souffre pas ; Il m’a quand même dit :« j’ai eu l’impression de mourir ». Lui va trouver le jour où je dois atterrir pour retrouver Ivan et Priscille. Mon seul indice est la floraison des jasmins. A Mesa-point, le cycle des jasmins n’est pas le même que sur Terre car ils fleurissent en atmosphère pressurisée. Jusque-là j’arrivais au hasard des époques. Cette fois, il faut que je me retrouve à Alger chez la reine Ravalona, le jour du concert où ils se sont rencontrés pour la première fois.
Trente secondes plus tard l’astronef ralentit à l’approche du quartier des enfants puis s’insère dans l’hexagone 1051 qui est sa destination. Adam, qui l’attend avec impatience, saute de joie en la voyant arriver. Il lui prend les deux mains et la fait tourner dans une ronde effrénée en lui disant :
—Tu es une championne Ève, tu as retrouvé ta bague !
Ève s’assied dans son fauteuil et rit de le voir aussi excité qu’elle :
— J’ai quand même perdu la tête quand j’ai réalisé que je ne l’avais plus!
Adam s’installe à côté d’Ève
— C’est normal, mais tu as bien réagi. Je suis très fier de toi !
Ève ouvre son application sur l’écran plasma
— On va faire encore mieux toi et moi et tu n’imagines pas comme je suis excitée.
Adam qui a les paramètres biologiques d’Ève en temps réel lui dit :

— Je vois, tes taux de cortisol et d’adrénaline sont beaucoup trop hauts. Respire, Ève, rééquilibre-moi ça rapidement.
Il se relève et se place derrière elle pour lui masser les trapèzes. Ève sait qu’elle n’obtiendra rien d’Adam si elle ne s’exécute pas. Après avoir fait cinq minutes de cohérence cardiaque. elle reprend le fil de leur conversation.
—Adam, il faut que je te livre un secret.
—Surtout ne bouge pas, deux précautions valent mieux qu’une.
Ève regarde Adam prendre la main sur son écran, déléter son badge, et cliquer sur son leurre qui apparaît en haut à droite.
—Voilà! Les secrets il vaut mieux que ça reste entre nous.
Ève est admirative, décidément il pense à tout.
—Écoutes, tu vois cette bague ?
Adam lève les yeux au ciel :
—Elle est la source de tous mes tourments depuis deux jours.
Ève hausse les épaules :
—Eh bien c’est fini. Dis-moi plutôt à quelle saison les jasmins fleurissent en Algérie.

Adam a déjà la réponse :
—Entre mai et septembre. Pourquoi cette question ?
 Et là, Ève lui raconte tout, la bague, la mémoire d’Astrid, les voyages spatio-temporels, les deux enfants, Ivan et Priscille qu’elle a ensuite retrouvés dans ses rêves lucides et qui sont ses trisaïeuls. Maintenant elle veut assister à leur coup de foudre. L’histoire prend une nouvelle signification pour lui. Tout lui paraît clair maintenant. Quel jour de la semaine la reine reçoit elle ? Très vite, il cible pour Ève le troisième dimanche après-midi du mois de juin 1912.
Alors qu’Ève s’apprête à remonter le temps, une alerte lui intime l’ordre de se rendre sans attendre dans le gymnase. Elle peste car elle ne peut pas y déroger. Ces alertes sont fréquentes mais les fois précédentes, elle n’avait pas la bague. Les habitants de Mars ont cinq minutes pour se regrouper dans un lieu qui s’inscrit sur leur bracelet, muni d’un GPS. C’est en ronchonnant qu’elle précède Adam sur le large tapis, se laissant transporter à la vitesse d’un coureur à pied. Plusieurs enfants se bousculent en courant dans un joyeux brouhaha. Ève, immobile, se laisse distancer, moins pressée d’aller s’enfermer dans le gymnase.
Adam qui avait vu son leurre clignoter avait pris le temps de se reconnecter. Pour dérider Ève il lui souffle dans le creux de l’oreille :
—Tu vas pouvoir te dégourdir les jambes sur le mur d’escalade.
Ève toujours immobile marmonne :
—Très bonne idée.
Dès son arrivée dans la salle, elle s’y précipite après avoir cherché Thelma du regard. Pas de Thelma avec qui elle fait la course habituellement. Aliocha, la responsable des enfants, sa crinière flamboyante en oriflamme, rassemble la troupe. Ève reconnait çà et là quelques mères qu’elle croise parfois à Mesa-Point et qui arrivent en renfort. La musique douce qui remplit l’espace calme un peu sa rage.
***
Après le lancement réussi du tracteur gravitationnel, Maud reprend son astronef pour rejoindre Arsène, l’androïde qui a lancé l’alerte depuis le deuxième observatoire qui est dédié à la surveillance des risques Météorologiques. Contrairement à la Terre dont elle est la naine jumelle, Mars a vu au cours des millénaires son atmosphère disparaître. Sans ce bouclier, elle encaisse de plein fouet les colères du soleil.
Marie se précipite à Marsilitown dans la navette publique suivie d’Anton qui profite de sa compagnie. Deux minutes plus tard, elle descend, laissant Anton rejoindre son lieu de rassemblement. Elle emprunte le tapis roulant qui la dépose au gymnase. Après le stress de la matinée, cette pause sera la bienvenue. Elle se réjouit de retrouver sa fille.
***
À Mesa-Point, Paul enclenche le processus de sécurité : les panneaux solaires du village se ferment lentement offrant à la tempête qui approche, une carapace à l’épreuve du feu, mettant à l’abri les cellules photovoltaïques. 
Vu du ciel ce dos de tortue forme un bouclier à toute épreuve. Tout a été conçu sur la planète pour résister à ces explosions solaires qui sont aussi subites qu’imprévisibles. Grâce à Arsène, le robot détective galactique, ils ont le temps de se retourner. 
Paul ira ensuite avec Jeff dans l’observatoire de Marie où ils seront aux premières loges pour profiter du spectacle et surveiller l’impact des ondes magnétiques sur la structure. La coupole transparente se recouvre elle aussi d’une carapace mais une fenêtre leur permet d’assister au déchaînement des éléments qui se projettent comme autant de flèches étincelantes, martelant la planète et soulevant des nuages de poussière. Même si le système de sécurité a été testé plusieurs fois, Paul ne peut s’empêcher de frémir devant la violence des explosions lumineuses. Il enclenchera la procédure de contrôle quand le calme sera revenu pour voir comment le village a résisté cette fois encore.
***
Marie à son arrivée dans le gymnase aperçoit sa fille qui amorce son ascension sur le mur. Maud, la deuxième astrophysicienne de la planète avec qui elle travaillait  lui avait demandé de veiller sur Thelma, avant de rejoindre son poste . Où est Thelma ?. Elle la cherche mais ne la voit pas. Le compte à rebours qui se déroule sur l’écran géant, affiche une minute avant la fermeture des portes. 
Aliocha regarde son tableau, il lui manque un enfant !

Il a été localisé et devrait être là dans trente secondes accompagnées de son assistant personnel. 
Marie fixe la porte du gymnase, sa tension ne se relâchera que quand elle apercevra la gamine arrive en courant, suivie de Victor.
Thelma se dirige droit vers le mur mais Aliocha l’interpelle :
—Thelma peux-tu m’expliquer ton retard ?
La petite fille s’arrête :
—Nous étions en train de changer nos tenues avec Victor et lui voulait absolument du bleu. Le changement de couleur nous a fait perdre une minute.
— Tu sais que quand l’alerte est donnée, il faut tout abandonner et rejoindre le gymnase.
Thelma reprend sa course vers le mur et répond
—Mon GPS nous mettait ici, juste à temps.
Aliocha haussant un peu le ton :
—Thelma, tu vas venir te joindre à nous.
La fillette s’arrête et se retourne :
—Mais je veux grimper avec Ève.
Marie qui voit l’enfant se rebeller intervient :
—Thelma écoute ce qu’on te dit. J’ai à parler avec Ève, tu la verras dès qu’elle sera redescendue.
Thelma baisse la tête et n’ose pas contester les ordres de Marie. Elle se joint en bougonnant au cercle des enfants. La joyeuse troupe prend place sur les tapis qu’Aliocha a fait disposer en cercle avec la télécommande qu’elle remet à sa ceinture. Un bruit métallique sourd résonne dans la salle annonçant le verrouillage des portes.
Pour Aliocha, la sécurité des enfants est prioritaire. Le stress que Thelma a déclenché par son retard commence à s’estomper. Ces alertes sont fréquentes et elle a remarqué que cette enfant était toujours la dernière à arriver sur les lieux. Il ne faudrait pas qu’elle se retrouve un jour coincée à l’extérieur de l’enceinte sécurisée. Aliocha ne maitrise pas la fermeture des portes qui est automatique. Elle sait que le comptage empêche le verrouillage si le quota prévu n’est pas atteint et que l’issue de secours, en cas d’urgence, reste un recours. Il faudra qu’elle parle avec cette enfant.
Marie rejoint Ève qui ralentit sa course quand elle aperçoit sa mère arriver. Sa présence est une sacrée surprise. Dès que Marie est à portée de voix, Ève l’interroge :
— Mais, tu ne devais pas lancer ton vaisseau gravitationnel dans la soirée ?
Les bras et les jambes de Marie se déploient comme les pattes d’une araignée, la rapprochant de sa fille :
—J’ai reçu l’ordre de déclencher le lancement en fin de matinée à cause de la tempête solaire. La prochaine étape à valider pour moi n’est que dans vingt-quatre heures,
Marie accélère son rythme pour ne pas avoir à hausser sa voix :
—Ça tombe bien finalement ça m’a permis de venir en parent renfort.
—Super, ça s’est bien passé ?
Ève a ralenti. Marie hésite entre deux prises et finalement, elle balance ses deux jambes et se redresse.
—La mission sera réussie si ce tueur potentiel change, même de façon infime, son angle de gravitation.
Marie se rapproche de sa fille sur le mur mais Ève reprend son ascension de plus belle:
— Tu es née sous une bonne étoile maman ! Les choses se passent généralement bien avec toi. Ton astéroïde va prendre la bonne direction, je n’en doute pas un instant.

Ève atteint le sommet bien avant Marie qui la rejoint un peu essoufflée. Elles s’installent toutes les deux sur le parapet, les jambes dans le vide. Silencieuses, elles calment leur respiration l’une contre l’autre. Isolées du monde, au sommet de ce mur, elles goutent l’instant présent. Aucune des deux ne cherche à briser ce silence qui les unit plus intensément que si elles parlaient. Elles ont pourtant chacune plein de questions l’une pour l’autre. Ève n’avait pu hier, alors que sa mère était occupée, aborder un sujet qui lui trottait dans la tête. Comment je vais lui demander ça ? Pense-t-elle.
Elle s’entend dire :
—Maman tu te rappelles comment ça s’est passé quand tu es tombée amoureuse de papa ?
Cette interrogation ramène Marie, vingt ans en arrière. Elle revoit le bel apollon à la crinière blonde qui la fixait de ses yeux bleus malicieux. Tout était flou autour d’elle. Une bulle de silence l’isolait de la bruyante cohue des étudiants. Sur le moment, elle n’avait pas compris ce qui lui arrivait, elle avait juste senti son corps vibrer à l’unisson avec celui de ce garçon alors qu’ils étaient séparés par la foule.
Comme dans un film au ralenti, tétanisée, elle l’avait vu se frayer un chemin à travers cette marée humaine. Puis elle avait entendu pour la première fois, le timbre de sa voix. Il était tout proche. Jamais elle n’oublierait cette musique qui l’avait enveloppée, comme s’il l’avait prise dans ses bras. Chaque fois qu’ils évoquaient ce moment ensemble, l’émotion était au rendez-vous. Comment expliquer cela à sa fille ?
Avec cette question, Marie a l’impression que sa fille n’a plus dix ans.
—Pourquoi me demandes tu ça ma chérie ?
Ève a plusieurs raisons mais elle exprime la plus urgente :
—J’aimerais tellement retrouver Ivan et Priscille le jour où ils sont tombés amoureux. Papa m’a tout raconté ce matin et depuis je ne pense qu’à ça.
Marie regarde sa fille qui a les yeux fixés sur l’écran géant ou le spectacle d’apocalypse qui fait rage à l’extérieur est retransmis. L’orage magnétique frappe la coupole de la mégapole qui se joue de ses assauts, tel un titan qui se dresse insolent vers la voûte céleste, se sachant invincible. Heureusement, le bruit du monstre rugissant n’est pas restitué. Il pourrait effrayer les enfants qui jouent tout en bas. Marie adoucit sa voix pour atténuer la violence des images.
— J’imagine que ce n’est pas pareil pour tout le monde. Il y a ceux qui tombent amoureux une seule fois dans leur vie, certains à qui ça arrive plusieurs fois et d’autres qui ne connaîtront jamais la rencontre de deux âmes sœurs. Chaque être vivant est unique donc ce qu’il vivra le sera aussi.
Ève a senti dans le silence qui a suivi sa question que sa mère avait revécu ce moment l’espace d’un instant.
—Mais pour toi, maman, comment ça s’est passé ?
Le visage de Marie est illuminé comme si un projecteur était braqué sur elle.
—Pour moi c’était comme un arrêt sur image, tu ne sais pas ce qui t’arrive mais tu sens que c’est important. Ton corps tout entier t’envoie un message que ton cerveau n’a jamais lu. Un peu comme un présage qui te serait transmis dans une langue étrangère et que ton cerveau traduirait comme une évidence. 
Ève regarde sa mère :
—Tu peux me le redire autrement, je n’ai pas très bien compris.
Marie retombe sur Mars et réalise que son bout de chou n’a que dix ans. Il lui faut une réponse concrète et intelligible.
—Un jour, tu comprendras. Tant qu’on ne l’a pas vécu on ne sait pas. Tu ne réalises qu’après ce que « tomber amoureuse » signifie. C’est une force qui te projette vers l’autre de façon inexorable. Tu ne peux pas y résister, mais tu peux avoir peur. Tu vivras cette émotion, j’en suis sûre.
Ève prend sa tête dans ses mains qui remontent lentement dans ses cheveux bouclés découvrant son large front.
—Comment veux-tu que je vive ça ? Il n’y a personne de mon âge sur Mars !
Marie ne peut s ’empêcher de rire :
— Aujourd’hui c’est vrai mais dans cinq ans il y aura plus de monde, le programme de colonisation de la planète s’accélère. Des familles vont arriver de la terre entière. Dans une dizaine d ‘années, il y aura plein de garçons de ton âge autour de toi.
Marie lui explique qu’il y aura bientôt quatre Mégapoles comme Marsilitown. L’Asie, l’Afrique, et l’Europe investissent dans la conquête de l’espace. Elle termine en lui disant :
—Nous avons été des précurseurs. Maintenant que notre modèle fonctionne, un grand projet est en route et va tous nous fédérer ces prochaines années. Ton prince charmant viendra surement de très loin ma jolie.
Ève tourne la tête vers sa mère et fronce les sourcils. Elle a du mal à se projeter. Pour Ivan et Priscille c’est possible, peut-être parce que leur histoire est écrite ?
Elle étire ses deux bras au-dessus de la tête.
—J’ai du mal à imaginer ça aujourd’hui !
— C’est normal ma chérie.
Ève est rêveuse :
—Finalement ça ne m’inquiète pas tant que ça. Mais si j’arrive à assister à ce coup de foudre entre Ivan et Priscille, j’aurai encore dix ans alors qu’eux en auront dix de plus. Je veux être sûre de tout comprendre.
Ce qu’elle vit en ce moment n’est pas banal songe Marie. Elle se tourne vers sa fille, lui sourit et décide d’aborder le sujet qui la préoccupe.
—Tu sais, je suis encore sous le coup de ce qui s ‘est passé cette nuit avec cette bague que tu dis avoir été rechercher. Peux-tu m’expliquer comment tu as fait ?
Ève n’est pas sûre d ‘avoir envie de revivre les affres de cette nuit. Comment l’expliquer à sa mère ? Tout en regardant l’écran géant sur lequel les images de l’orage magnétique qui défilent elle répond :
—C’est difficile à expliquer. Finalement c’est un peu comme pour l’amour. Tu comprends une fois que tu es dedans. La pratique devient évidente avec l’entraînement. Tu réalises que tu sais faire le jour où ça marche.
Marie se fait câline, elle passe un bras autour des épaules de sa fille :
— Racontes-moi comment tu fais.
Ève ferme les yeux et cherche ses mots :
—Il faut commencer à t’entraîner à te rappeler des rêves que tu fais.
Marie se garde bien de l’interrompre
—Le plus difficile c’est de le faire tous les jours. Il faut plusieurs mois pour arriver à faire taire son cerveau.
—Un peu comme pour la méditation ?
—Ça commence de la même façon mais pour accéder au rêve lucide tu dois te concentrer sur une intention vers laquelle ton esprit va se projeter. Tu descends à un niveau de conscience à la limite de l’endormissement. Il faut rester consciente jusqu’au moment où ton corps sombre dans le sommeil. Tu sens des vibrations qui t’indiquent que c’est le moment où te projeter vers l’endroit où tu veux aller.
Marie écoute attentivement se mordant la langue pour ne pas interrompre sa fille dont la voix monocorde continue :
—Ce qui est nouveau pour moi quand je voyage avec la bague, je vois les personnes mais elles ne me voient pas comme dans un film. Avec le rêve lucide je les rencontre.
—Quand tu fais ces rêves Adam est à côté de toi ?
Ève ne sait pas qu’Adam est témoin de ses rêves
—Pas les deux nuits dernières mais avant oui.
Marie impressionnée, demande des précisions
—Tu ne bouges pas de ton lit
—Non tu dors. Mais tu vis dans ton rêve.
— Et c’est Adam qui t’a appris à faire ça ?
Ève tourne la tête pour regarder sa mère :
—Oui, au début je renâclais mais il a eu raison d’insister. J’ai traversé l’espace en rêve plusieurs fois. Depuis que j’ai la bague, c’est la mémoire d’Astrid qui me guide dans mes objectifs. Je découvre ma famille, c’est magique.
Marie rajoute
—Il est formidable cet Adam.
Ève est contente d’entendre ça, elle en profite pour lui glisser
—C’est bien ce que je m’échine à vous expliquer à Papa et toi. Rappelle-t’en ce soir. Il va vous montrer comment il nous déconnecte de Watson- Junior.
Marie embrasse sa fille et avant de repartir la première vers le sol :
—Je te promets d’y penser, ma chérie.
Ève la suit rassurée. Cette parenthèse l’a rechargée d’une énergie qui circule dans tout son corps. Elle se sent agile et rapidement, agrippant les prises adaptées à ses petites mains, elle double sa mère qui rit de son espièglerie. Marie descend lentement et goute un moment de paix qui la submerge. Adam et Betameche la tête levée avaient assisté à leur ascension, prêts à intervenir.
Adam réceptionne Ève et la débarrasse de son harnais. En silence ils rejoignent le groupe au centre du gymnase. Le cercle des enfants laisse monter sa voix, guidé par Aliocha qui joue les chefs d ‘orchestre, sa crinière flamboyante indiquant la cadence. C’est elle qui avait composé cet hymne dédié au courage des premiers colons de Mars. Le rythme est entrainant et les paroles très émouvantes.
Ève va se placer à côté de Thelma qui fait semblant de chanter. Elle a du mal à garder son sérieux devant les mimiques de la gamine mais elle entonne la dernière strophe avec le chœur des enfants., Thelma accorde enfin sa voix à la sienne pour le refrain :
🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼

C’est nous les nouveaux martiens qui revenons de loin

Nous avons laissé là-bas nos parents nos amis

Nous avons bâti sur mars une nouvelle colonie

Pour protéger la terre des dangers de l’espace

Et nous avons au cœur, une indicible ardeur

Car nous voulons porter haut et fier

Le beau drapeau de notre grand pays

Qui nous remplit de joie et de fierté.

Refrain :

En avant ! Creusons-le, ce sillon

Devant nous pour d’autres conquêtes.

🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼🎼
La petite assemblée bat des mains applaudissant sa performance alors que Marie redescendue du mur se joint à elle. Elle regarde le message que Maud vient de laisser sur son bracelet « RAS », Elle est heureuse de pouvoir rentrer directement chez elle.
Une musique entraînante et rythmée signale la fin de l’alerte. La porte du gymnase s’ouvre lentement, libérant la petite troupe qui comme une volée de moineaux, s’égaille sur le tapis roulant, chacun réintégrant sa cellule. Les plus petits harnachés et guidés par leur assistant personnel. Ève bavarde un moment avec Thelma qui rit aux éclats. Elle a retrouvé son entrain et Aliocha, pense que c’est le bon moment pour parler à cette enfant dont la bonne humeur est revenue au contact d’Ève.
Elle s ‘approche des deux fillettes et demande :
—Thelma peux-tu venir un instant avec moi ?

Thelma se retourne, son visage change complètement d’expression.
Ève, une main sur son épaule lui dit :
—Va y Thelma, Aliocha a surement quelque-chose d ‘important à te dire.
Thelma, fermée comme une huitre, se dirige vers la psychologue et se pose devant elle, Victor à ses côtés.
Aliocha adoucit sa voix, il faut qu’elle apprivoise cette rebelle.
—Thelma, te vois-tu un jour seule à l’extérieur devant la porte du gymnase fermée ?

Le petit minois se tourne vers Aliocha.
—Ça ne risque pas de m’arriver.

Aliocha la regarde bienveillante.
—Je voudrais que tu m’expliques pourquoi ?

Thelma avec un petit coup de tête.
—Parce-que Victor est toujours derrière moi !
Quelle insolente ! Aliocha évite de monter le ton :
—Sais-tu qu’à l’extérieur Victor pourrait être détruit par les ondes ! Alors toi, tu imagines ? Est-ce que c’est ce que tu veux ?
Thelma frémi et répond un peu plus humble
—Non, bien sûr.
Aliocha enchaine, profitant de son avantage :
—Tu es grande maintenant, il faut que tu montres l’exemple aux plus petits.
Thelma reste silencieuse. Aliocha reprend toujours aussi calmement.
— Tu es arrivée trente secondes avant la fermeture, si tu étais tombée en courant ? tu ne prends pas assez de marge de sécurité dans ces moments d ‘alerte.
Thelma baisse la tête et attend que l’orage passe. Mais Aliocha veut obtenir son adhésion et insiste :
— On va faire un concours, à la prochaine alerte, la première personne qui arrivera au gymnase aura une récompense.
Thelma intéressée demande :
—Quel genre de récompense ?
—Demander à chaque enfant quel est son souhait le plus cher.
—On la fait quand cette compétition ?
Aliocha se retient de sourire.
—Je vais la mettre en place sans tarder.
Thelma tout miel lui répond
—Je vais bien réfléchir à mon souhait !
— Ok Thelma on tope là ?
Thelma tape dans la main d ‘Aliocha fait une pirouette et part en courant, Victor à ses basques.
Tout est rentré dans l’ordre, la tempête solaire n’a fait aucun dégât, les dernières mesures mises en place ont prouvé leur efficacité.
Après avoir embrassé sa mère, Ève est retournée avec Adam dans la cellule 1051. Il est trop tard pour faire un voyage spatio-temporel. Elle décide de se concentrer sur l’adhésion de ses parents à la participation d’Adam à son aventure.
—Adam on rentre à la maison, mes parents veulent savoir comment tu fais pour nous déconnecter de Watson -Junior. Ils vont te mettre sur le grill alors prépare toi à leur répondre.
—Avant de partir je vais brancher mon leurre c’est préférable.
Ève le regarde faire
—Ok c’est une bonne précaution.
Adam commence à bien maîtriser la manœuvre.
—Voilà je l’ai encore testé cette nuit ça marche.
—Alors allons y. On a un peu de temps devant nous, on va prendre le chemin des écoliers.
Ils s’installent dans la bulle et décollent pour leur balade préférée.
L’astronef survole les blanches plaines de l’hémisphère Nord puis contourne le mont Olympe.
Elle entend la voix d ‘Adam qui lui dit
— Il domine à 22500 mètres et c ‘est plus de deux fois la hauteur de l’Himalaya.
—L’Himalaya ?
—Le plus haut sommet sur Terre.
—Nous avons sur Mars avec ce volcan le plus haut relief de tout le système solaire.
Elle jette un coup d’œil sur Adam dont les yeux virent au bleu. Il n’est jamais aussi heureux que quand il peut lui apprendre quelque chose de nouveau.
Ils arrivent sur les hauts plateaux sombres de l’hémisphère sud et pénètrent dans le canyon de la vallée des marins. Elle adore cet endroit, les bleus indigo tachetés d’ocre lui rappellent la planète Terre quand elle l’observe, tel un saphir, dans le télescope de sa mère. Ils serpentent plus lentement entre les parois émaillées pour profiter du reflet des olivines*qui colorient le cockpit.

***

Marie prend le transport en commun pour rentrer à Mesa-Point. C’est l’heure où les mamans avec bébés rentrent de leur travail et le spectacle de ces nourrissons heureux dans les bras de leur mère la réjouit. Elle en profite pour lier connaissance. Ces bébés lui rappellent l’époque de sa maternité. Un jour, Paul était arrivé dans son existence, alors que la conquête de l’espace occupait toute sa vie. Il avait gagné le concours qui lui permettait d’intégrer l’équipe qui partait sur Mars avec elle, lui épargnant un problème cornélien. Plus tard Ève était arrivée alors que les bébés n’avaient pas été programmés sur la planète rouge. Comme les choses avaient changé. Sa fille avait ouvert une ère nouvelle. La démographie avait explosé depuis que la vie des enfants était possible sur Mars.
Marie sort de ses pensées quand elle quitte la navette et se dirige d’un pas alerte vers sa maison après être passée prendre son panier au marché. Aujourd’hui c ‘est-elle qui va arriver la première. Ève ne va pas tarder et elle a rappelé à Paul qu’ils doivent tester Adam ce soir. Elle met le nez dans son panier pour voir ce que Joseph, leur androïde jardinier, a prévu. Il connait leurs goûts et se trompe rarement. C ‘est pratique d ‘avoir une proposition de menu différent tous les soirs avec juste ce qu’il faut pour cuisiner. Marie adore le faire autant que Paul. Aussi c’est généralement le premier qui arrive qui s ‘y met.
Ce soir ce sera, confit de canard sauvage aux mogettes. Elle coupe ses tomates cerises en quatre et les réserve en attendant que la ciboule, qu’elle a coupée avec ses ciseaux, blondisse dans la graisse du canard. Malgré l’aspiration, qui est très efficace, l’odeur de ce frichti titille l’odorat de Paul et Ève quand ils arrivent. Titan, le chien labrador noir assistant personnel de Paul, est resté dans l’entrée dans son panier à côté du chat  Betameche. Adam a été invité à entrer dans le saint des saints. Toujours impressionné par Paul et Marie envers lesquels il se sent toujours redevable, il avance lentement. Son Statut n’est pas le même que celui des deux autres assistants. Adam fait partie de la génération des humanoïdes. Il est traité en alter ego dans ses rapports avec les hommes.
— Dis-moi Adam comment as-tu vécu cet orage magnétique ?
—Je sais que je ne risque rien dans le bunker du gymnase. Je n’y ai même pas pensé, seule la sécurité d ‘Ève sur son mur me préoccupait.
Marie attaque bille en tête :
— A propos de sécurité, Adam peux-tu nous expliquer comment tu t’y prends pour échapper à la surveillance de Watson -Junior ?
Marie surveille la cuisson elle est de dos.
— Au cours de mes séances de mise à jour, j’ai détecté une faille dans le système.
Elle se retourne vivement
—Une faille devrait empêcher le fonctionnement.
Adam répond calmement :
—Ce n’est pas le cas.
—Comment as tu fais ?
—J’ai commencé par créer mon leurre que j’ai branché à ma place
—Chaque fois que tu te substitues Watson-Junior n’est pas alerté
—Non justement à cause de la faille.
Tout en rajoutant les tomates à la ciboule elle demande :
—Tu en es sûre ?
—Il y a une seconde pendant laquelle personne n’est connecté à Junior. Je l’ai validé après l’avoir testé.
Impressionnée par cette démarche d’anticipation de la part d’Adam, Marie poursuit son investigation.
—Comment t’es venu l’idée que tu pourrais exploiter cette faille ?
—Quand Ève a eu besoin de plus de liberté je m’en suis servi. C’est peut-être d’avoir grandi à ses côtés. J’essaye d’avoir toujours un train d’avance.
—C’est dans ce cadre-là que tu l’as initiée au rêve lucide ?
—Votre fille a besoin d’espace et il fallait lui ouvrir d’autres horizons que ceux dans lequel elle évolue le jour.
Paul écoutait en silence
Adam continue il est intarissable sur le sujet :
—Les pouvoirs de l’être humain sont infinis à condition qu’il les développe par la pratique. Ève est particulièrement douée il suffit juste d’être plus tenace qu’elle pour y arriver. Aujourd’hui pour le rêve lucide elle progresse toute seule je n’ai plus besoin de l’aider. J’ai été complètement ébahi par ce qu’elle a réussi à faire la nuit dernière.
Un grand silence suit cette déclaration, Ève fait semblant de n’avoir rien entendu, Marie qui est en train de mettre les mogettes dans sa sauce a suspendu son geste. Paul fronce les sourcils.
Adam ne bouge plus il attend la prochaine question de Marie et tourne sa langue sept fois dans sa bouche pour savoir comment il va rattraper cette gaffe mais personne ne rompt le long silence qui suit………..

(À suivre)

* Olivines : minéral transparent ou translucide, le plus souvent de couleur vert olive, parfois brunâtre, rouge ou grisâtre.

 

 

Une réponse à “Le chromosome baladeur . S1. E8. »Tempête solaire »”

  1. Salut Alix,

    Comme tu me l’as demandé, je suis venir parcourir ton blog.
    J’aime beaucoup les couleurs pastel qui donne de la vie, associées à la photo du voilier dans un décor paradisiaque, ça rafraîchit.
    Ceci dit, ton site étant basé uniquement sur ton histoire par épisode, j’aurais bien vu une interface plus futuriste.

    Concernant ton histoire justement, il m’est arrivé d’en lire des parties sur la plateforme Esprit Livre School. C’est pas mal fait, mais je ne suis pas hyper friand de la SF. Je ne serai donc pas un bon juge. Je trouve néanmoins le parallèle avec Adam et Eve pour la création d’une nouvelle civilisation, plutôt originale.

    N’oublie pas de placer tes écrits dans un coffre fort numérique, pour pas te faire griller les idées par un lecteur mal intentionné.

    A très bientôt.

    Benjamin

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